Interview | Lazlow nous parle de la sortie d’American Caper en France (exclusivité)

Le mois dernier, nous avons eu l’opportunité de nous entretenir une demi-heure avec Lazlow, le bras droit de Dan Houser chez Absurd Ventures, qui s’occupe de la production de la plupart des projets du studio. Dans le cadre de la sortie française d’American Caper, nous avons pu lui poser quelques questions.

American Caper est arrivé en France, via le Tome 1, « La Grande Arnaque Américaine », qui est disponible depuis ce 4 septembre en version intégralement traduite par Urban Comics. Nous avons eu l’immense joie et opportunité de participer, modestement, au développement de cette version française en ayant un rôle de consultant sur la traduction. Nous remercions encore une fois les équipes d’Absurd Ventures et d’Urban Comics pour leur confiance.

C’est dans le cadre de cette sortie française et de cette collaboration que nous avons pu nous entretenir pendant un moment avec Lazlow, pour discuter de cette série et vous apporter un peu plus de détails sur la suite !

L’interview dès maintenant sur notre chaîne YouTube, intégralement sous-titrée en français. Retrouvez une retranscription de l’interview dans la suite de cet article.

L’interview de Lazlow chez Absurd Ventures Mag’

Chris’ (Absurd V Mag) : Salut Lazlow, comment vas-tu ?

Lazlow : Je vais très bien. Je suis enthousiaste pour la sortie d’American Caper en France. Je crois que c’est le premier pays, hors des États-Unis, dans lequel nous le sortons dans une langue étrangère.

Chris’ : En effet, comme tu viens de le dire, American Caper arrive aujourd’hui en France, avec cette première collection. Nous sommes le premier pays au monde à bénéficier d’une traduction. Une version italienne arrivera en novembre. Peux-tu me confirmer que les collections 2 et 3 arriveront aussi en français ? 

Lazlow : Oh oui, absolument. Nous avons beaucoup travaillé sur ces 12 numéros et les avons regroupés en trois recueils distincts. Nous avons veillé à ce que, après avoir lu le premier volume, le lecteur ait envie de découvrir la suite de l’histoire dans les deux suivants.

L’intrigue d’American Caper est, comme tu le sais, très originale et captivante ; elle suit le parcours de plusieurs personnages dans une petite ville du Wyoming. Au début, on croit qu’il s’agit simplement de deux familles voisines, toutes deux profondément brisées sans même réaliser à quel point elles le sont. L’histoire démarre avec l’accident d’une camionnette transportant des évadés de prison et des clandestins entrés illégalement aux États-Unis, et la situation devient ensuite complètement folle. Vous ne trouvez pas ?

Chris’ : Oh que oui haha 

American Caper en France

Lazlow : Alors oui, nous étions ravis d’apporter en France les 12 numéros, réunis en trois volumes, et nous avions vraiment hâte d’y retourner. La France a été le tout premier pays que j’ai visité en dehors des États-Unis, alors que j’étais très jeune. Et ce fut un choc culturel, car on n’y trouvait ni musique country, ni des gens avec des fusils de chasse, des motos tout-terrain et des barbecues. C’était une culture authentique.

Comme tu suis notre travail, tu sais que Dan et moi adorons la satire. Nous aimons nous attaquer à tous les milieux ; nous avions le sentiment que notre culture actuelle offrait énormément de matière à la satire, et qu’il y avait moyen de le faire de façon très drôle. Nous sommes connus pour notre humour mêlant violence et comédie, et nous avons pris beaucoup de plaisir à raconter cette histoire, même si nos intentions initiales concernant les personnages ont évolué en cours de route. Il y avait des personnages que nous voulions absolument faire disparaître très vite dès le premier numéro.

Mais l’un des thèmes d’American Caper, c’est de découvrir ce qui a fait basculer les gens dans la folie. Qu’il s’agisse d’Internet, de la religion, des jeux d’argent ou des ailes de poulet, ce sont ces choses auxquelles les gens sont exposés qui les transforment. Au début, quand on rencontre ces personnes, on se dit qu’elles sont déplorables. Puis, on commence à comprendre ce qui a fait d’elles ce qu’elles sont devenues.

L’œuvre accorde aussi une grande place au cosplay ; je ne sais pas si le cosplay est très présent en France.

Chris’ : Si, bien sûr,

Lazlow : Il s’agit, tu sais, de faire semblant ou de fantasmer sur le fait d’être quelqu’un d’autre. Beaucoup de gens nourrissent ce genre de fantasmes : se prendre pour un héros ou un cow-boy, imaginer vivre dans un ranch, ou encore chercher à déjouer des complots totalement délirants lus sur Internet. Et puis, il y a ce personnage dont le rêve était de devenir riche — c’était une paysanne mexicaine ; elle finit par faire fortune, mais se retrouve mêlée à des gens effroyables, et la situation prend une tournure très sombre.

Nous avons donc beaucoup de gens qui essaient de jouer les héros, pour de bonnes comme pour de mauvaises raisons.

Chris’ : Tu parlais de la culture, pour moi, American Caper peut être considéré comme la suite spirituelle de Grand Theft Auto. Car, nous avons les mêmes thèmes, avec la satire américaine et des personnages tourmentés. La structure narrative est également similaire, avec deux personnages principaux, entourés de plusieurs personnages secondaires. Ainsi, après avoir lu les sept premiers chapitres, je considère American Caper comme une vraie suite spirituelle. De ton côté, comment pourrais-tu décrire cette série

Lazlow : Certains l’ont décrit comme un croisement entre Grand Theft Auto et Red Dead Redemption. Je pense que c’est principalement parce que les personnages et la trame narrative initiale sont issus de l’imagination de Dan Houser ; nous avons ensuite collaboré pour leur donner vie. La narration en bande dessinée diffère de celle du jeu vidéo, mais les deux domaines partagent des points communs, notamment en matière de création d’univers. Nous avons imaginé un lieu fictif — comme nous l’avons fait pour tous nos jeux — ainsi que des personnages fictifs, tous un peu extravagants et hauts en couleur.

Tu sais, Dan est venu me voir il y a quelques années, au moment où nous lancions Absurd Ventures, et m’a dit : « Je veux créer des jeux en monde ouvert, inventer de nouveaux types d’histoires et de nouveaux genres de jeux en monde ouvert, mais je veux aussi faire des bandes dessinées. » Beaucoup de gens ne veulent créer une bande dessinée que pour décrocher une adaptation au cinéma ou à la télévision. Or, ce n’est jamais ce que nous avions en tête lorsque nous nous sommes lancés.

En fait, pour tous les projets sur lesquels j’ai travaillé avec Dan au cours des 25 dernières années, l’objectif a toujours été de raconter une histoire intéressante, originale, qui vous fait voyager. Nous avons pris beaucoup de plaisir à créer une ville fictive dans le Wyoming, à imaginer des hommes d’affaires, des politiciens, des personnages et des marques, tout en enrichissant le récit de fausses publicités. C’est d’ailleurs ainsi que Dan et moi avons commencé à collaborer il y a 25 ans : en réalisant de fausses publicités. Or, la meilleure façon de cerner une culture, c’est d’observer sa publicité.

Dan venait tout juste de s’installer aux États-Unis lorsque nous nous sommes rencontrés ; il y vivait depuis trois ans. L’une des choses qui frappent toujours les étrangers, c’est le caractère délirant de notre publicité. Nous sommes l’un des deux seuls pays à autoriser la publicité pour les médicaments à la télévision, sur les panneaux d’affichage et dans les magazines ; les gens vont voir leur médecin pour réclamer un médicament sans même savoir pourquoi ils le veulent.

C’est un peu comme… tu vois, cet effet qu’on ressent quand on va faire les courses et qu’on achète une cochonnerie sans même savoir pourquoi on la veut ? Mais c’est une idée qui a été martelée dans ton cerveau par la publicité. Alors, nous avons créé de fausses publicités — que nous avons écrites nous-mêmes et qui figurent dans chaque numéro — pour contribuer à planter le décor de cet univers. En fait, quel que soit le projet, on adore ajouter des petits extras qui nous font rire.

À chaque parution d’un numéro d’American Caper, le premier exemplaire sorti des presses m’est expédié en express ; je rejoins alors Dan dans son bureau, nous le feuilletons et nous éclatons de rire devant certaines des choses que nous avons réalisées. Dès le début, nous nous sommes dit : « On ne sait pas si ça plaira à quelqu’un, mais nous, on adore et ça nous fait rire. » Et jusqu’ici, l’accueil à travers le monde a été fantastique.

Chris’ : En effet, tu parlais des fausses publicités, j’adore vraiment toutes les fausses pubs dans American Caper. 

Tu parlais de Dan Houser, car, en effet, American Caper est écrit par Dan, et par toi. Vous travaillez ensemble depuis plus de 25 ans. Comment parvenez-vous à cette complicité ? Quel est votre processus créatif ?

Lazlow : Eh bien, c’est assez spontané, voire un peu désordonné. En général, ça commence quand Dan entre dans mon bureau et s’assoit — ou s’allonge — sur le canapé. Ou alors, je suis dans son bureau en train de lancer un ballon de foot en l’air et je dis : « J’ai entendu un truc intéressant à la radio hier soir » ou « J’ai vu un type complètement dingue chez le médecin ». Tout cela naît de conversations tout à fait naturelles. D’une certaine manière, toutes nos séances d’écriture s’apparentent à une thérapie, car nous ne faisons que parler de nos vies.

C’est toujours Dan qui a l’idée de départ. Je me souviens du moment où il a dit : « Je veux créer un jeu vidéo qui se déroule dans le Far West. » J’ai répondu : « C’est un peu fou, car personne n’a vraiment réussi à le faire jusqu’ici. » Il m’a raconté l’histoire… D’ailleurs, je lui ai dit quelque chose à ce sujet il y a quatre mois : « Je ne te l’ai jamais dit, mais à chaque fois que tu me présentes une idée de projet, je me dis en partant : « C’est complètement dingue. Dans quoi est-ce qu’on s’embarque ? » ».

Dan & Lazlow Comic Con

Il a une façon de penser tellement singulière ; il s’affranchit constamment des codes et des conventions narratives habituels. C’est formidable d’être son partenaire créatif pour donner vie à ces idées et écrire à ses côtés. Par exemple, quand j’ai appris au début qu’on allait faire un jeu vidéo où le héros meurt à la fin — au lieu d’un affrontement classique contre un grand boss —, j’ai trouvé ça génial. Tant d’hommes et de femmes adultes m’ont dit avoir pleuré en arrivant à la fin de Red Dead Redemption II. Et c’est ce lien émotionnel avec les personnages que Dan parvient à créer.

Lorsque nous avons entrepris de créer American Caper, l’une des premières choses qu’il m’a dites, c’est : « J’ai une histoire en tête sur un tueur à gages mormon. » J’ai répondu : « D’accord, ça a l’air intéressant. » Il m’en a dit un peu plus sur les personnages, puis il a rédigé une première version du scénario et me l’a envoyée. J’y ai apporté quelques retouches, nous nous sommes échangé le texte et, comme pour tous nos projets, il s’agissait ensuite de trouver une équipe formidable qui comprenne notre univers, afin de donner vie au projet.

Chris’ : Je vois, c’est vraiment intéressant.

Lors de la Comic Con de San Diego, vous avez confirmé qu’un deuxième arc d’American Caper était en préparation. Il pourrait arriver très peu de temps après le volume 12. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?

Lazlow : Eh bien, lorsque nous avons lancé American Caper, nous savions que nous avions beaucoup d’histoires à raconter et que nous voulions les situer dans des lieux différents. Ainsi, la première histoire se déroule en grande partie dans le Wyoming. Quant à la seconde — sur laquelle nous travaillons actuellement et dont la production débutera très prochainement — elle prend place dans un cadre totalement différent, bien que ce lieu soit déjà apparu dans la première série.

Je crois que c’est justement ce qui a rendu la création de cette nouvelle société et de toutes ces nouvelles franchises — en partant de zéro — si passionnante. Au début, nous n’étions que Dan, moi et nos chiens, réunis dans une pièce pour esquisser ces univers et imaginer les différentes histoires que nous pourrions y raconter. Et avec American Caper, nous nous sommes dit que nous avions désormais au moins trois histoires à raconter.

La première série de 12 numéros raconte évidemment une multitude d’histoires différentes, mais le cadre — comme tu le sais, — joue un rôle moteur dans le récit. Ainsi, après avoir exploré le Wyoming — un lieu singulier et fascinant, peuplé d’habitants installés là depuis des lustres, de riches nouveaux venus et d’amateurs jouant aux cow-boys — nous avons décidé de nous tourner vers la côte Est des États-Unis pour en livrer une satire. Pour chacun de nos projets, nous choisissons un lieu et nous nous en imprégnons. Pas physiquement, bien sûr, mais nous absorbons la culture locale, en décelons les aspects les plus ridicules et faisons de notre mieux pour tourner en dérision — et parodier — les gens et les mœurs de cet endroit. Et je pense que nous le faisons suffisamment bien pour que certains se disent : « J’aime la façon dont vous vous moquez des gens du camp adverse, mais je n’aime pas quand vous vous moquez de moi. »

Quant aux personnages créés par Dan, ils sont à la fois drôles et tragiques : on les déteste, puis on finit par les soutenir et éprouver de la compassion pour eux. Cela suscite des émotions très variées, mais avant tout, c’est une aventure tout simplement divertissante.

Chris’ : J’ai vraiment hâte de lire le second arc !

J’ai une dernière question. Vous avez évoqué une éventuelle adaptation en jeu vidéo qui était à l’étude. Dan a parlé d’un possible jeu narratif dans une interview accordée à Variety en décembre dernier. Avez-vous pris une décision concernant cette adaptation ?

Lazlow : Pour American Caper ?

Chris’ : Oui !

Lazlow : Eh bien, nous avons évoqué quelques pistes ; comme pour tous nos projets, nous avons de nombreuses idées quant aux directions possibles. Pour l’instant, Absurd Ventures a deux jeux d’envergure en production [A Better Paradise et un jeu dans l’AbsurdAVerse]. Avec American Caper, nous avons voulu explorer en profondeur le monde du comics — un médium magnifique que nous adorons et qui offre une forme de narration différente. Nous ne cherchons pas nécessairement à développer un jeu qui se déroulerait dans cet univers, mais, connaissant notre façon de travailler, Dan pourrait très bien débarquer dans mon bureau demain en me disant : « J’ai trouvé l’idée. ».

C’est d’ailleurs l’un des aspects passionnants de l’équipe que nous avons constituée. Beaucoup d’entre nous ont travaillé ensemble pendant plus de vingt ans chez Rockstar Games ; c’est enthousiasmant de créer une start-up pour raconter de nouvelles histoires, que ce soit à travers le jeu vidéo, la fiction audio, les séries, la bande dessinée ou l’animation.

Depuis 25 ans, Dan et moi ne nous sommes pas contentés de créer des jeux : nous avons aussi conçu des émissions de radio, des programmes télévisés et même des journaux que l’on pouvait lire à l’intérieur des jeux. Pour Red Dead Redemption 2, nous avons élaboré un catalogue d’armes, de chevaux et d’éléments en tout genre si vaste qu’une fois terminé, il avait l’épaisseur d’un roman.

Nous adorons ce type de travail et nous pensons que les lecteurs français seront très enthousiastes à la découverte d’American Caper.

Chris’ : Génial ! Merci, Lazlow, de nous avoir consacré du temps et d’avoir évoqué la sortie d’American Caper en France. La compilation est disponible en France depuis le 4 septembre. Merci également aux équipes d’Absurd Ventures. Nous avons hâte de suivre vos projets ici, en France !

Lazlow : Merci à toi !


American Caper est disponible à l’achat, en français dès maintenant. Retrouvez notre guide d’achat juste ici. N’hésitez pas à suivre Absurd Ventures, sur leur site, leur compte X, et sur YouTube pour ne rien rater de leurs prochaines actualités !


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